La lune, hilare, vient d'assister à notre départ, dans l'éclaboussure des deux grosses amarres. Très lentement "Ariane" se sépare du quai. A
l'avant, le bruit métallique de la chaîne d'encre qui remonte, trois coups de sirènes qui prennent aux tripes... On est partis.
Je me souviens des derniers mots de Costa :
In summer, you come back. I keep the room for you. One week, two weeks, it's free ! But remember : next summer, not in five years because maybe I'll dead !
A quatre heures à Hannia la pluie s'était arrêtée. Le ciel en se découvrant fait tout briller; Je vais dire au revoir au phare. Un cargo noir et rouge est mouillé au large, la mer
est calme. Cette dernière image est divine.
Je monte dans la tour dont le sol boueux est glissant. J'embrasse la vieille ville, les minarets, les cloches, les toits et les maisons vides. Les montagnes derrière moi sont encore sous les
nuages. Je devine qu'elles sont recouvertes de neige.
Et c'est l'heure du bus pour Souda, la dernière traversée de la ville et des oliveraies. Le coucher de soleil est merveilleusement rouge. On est déjà dans le bateau.
Nous étions arrivés en Créte le premier octobre 1985 après quelques semaines magiques dans les îles grecques de l'Egée.
Les étudiants d'Heracklion formaient des groupes animés sur les places, le palais de Knossos allait nous enchanter et nous allions habiter pendant 3 mois à Hannia dans une petite chambre louée à
Costa et Yourgos deux frères qui allaient devenir nos amis.
Quelques drachmes gagnés à la cueillette des olives, à la décoration du hall des "rooms" chez Costa, au travail du cuir chez Vassili nous auront permis de profiter de ce séjour
crétois avec délices. On se baignera en novembre et en décembre, on mangera des mandarines dans les arbres, on visitera les gorges de Samaria et d'autres endroits enchanteurs de cette grande île
d'où on observera la comète de Halley et une éclipse de lune.
Notre voyage doit continuer autour de la méditerranée.
Dans le bateau nous retrouvons Tania, la jeune yougoslave que j'ai remplacé au magasin de cuir de Vassili. Elle va rejoindre des copains dans un kibboutz à Eilat.
Nous allons aussi en Israël.
A suivre….
Je retrouve
toujours avec plaisir mes cahiers de voyages. Ils sont rangés dans une jolie boite que mes filles m'ont offerte. Parfois au compte goutte je reprends l’un d’eux, jauni et froissé et je me
mets au clavier. Ces petits morceaux me permettent de déguster à nouveau ces instants de bonheur.
Hélas j’ai oublié un bon nombre de ces moments que je pensais inoubliables ! je relis les lignes et aucune image ne revient, parfois si heureusement, ressurgissent les sensations d’alors.
Avec le petit carnet qui relate le voyage de la Crète jusqu’en Israël je suis triste de penser que nous ne sommes jamais retournés chez Yourgos et Costa
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