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Vendredi 21 mars 2008

À l'école j'ai toujours été très agitée.
- « Madame, je vois deux tresses qui bougent ! » disait régulièrement la maitresse à ma mère en parlant de moi.

Je dévorais la cravate qui décorait joliment mon tablier, faisait subir à la gomme des traitements avec porte plume et ciseaux… J’avais toujours les doigts pleins d’encre.

Au cours élémentaire nous étions obligées de faire du canevas - je ne me rappelle plus ou étaient les garçons pendant les heures de couture (je n’ai connu que l’école mixte) probablement dans la cour avec un ballon - je nous revois, appliquées au point de croix. J’en avais tellement assez, un jour que j’ai posé le canevas sur mes genoux pour finir mon travail plus à l’aise avant la récréation. Quand il a fallu sortir, je n’osais plus bouger. Le canevas était accroché à ma robe en laine. Je me souviens alors de l’humiliation :

« Elle a cousu sa robe ! » criait la maitresse, et toute la classe qui avait bien rigolé.

Au collège je perds mes copines de l’école primaire. Mes parents (enseignants…) souhaitent me voir fréquenter celui qui a bonne réputation et font une demande de dérogation. En 6° je suis docile et sage, mes résultats sont bons, je me fais une nouvelle amie. La rentrée en 5° est une catastrophe : je suis mise dans une autre classe que mon amie et je me retrouve à nouveau avec des élèves que je ne connais pas. Mes parents n’arrivent pas à faire changer d’avis la directrice, je dois encore m’intégrer à une nouvelle classe.

Cette classe n’a rien à voir avec celle que je viens de quitter. À partir de cette année là je ne vais plus jamais m’intéresser au contenu des cours. C’est atroce pour moi comme je le regrette aujourd’hui. Le collège, le lycée puis les études supérieures qui suivront ne seront pour moi que synonyme de rigolade avec les copains et trouver tous les moyens pour économiser le travail à faire, quitte à le faire faire par quelqu’un d’autre. Merci Anne Françoise pour les versions latines et Gérard pour les dissertations de philo, je n’en ai jamais fait une seule par moi-même. Quand aux techniques de la « pompe » ou antisèches, je suis imbattable.

J’ai gravi tous les échelons sans redoubler, juste avec la moyenne qui suffisait bien….Alors ?

 

Evidement je me vautre à la fac. Impossible de devenir psychologue pour enfants ni même institutrice, le concours m’échappe. Heureusement les portes de l’école d’éducateur de jeunes enfants s’ouvrent à moi avant le naufrage complet.

 

Vers 2002, l’envie d’évoluer dans ma carrière se fait sentir. J’ai besoin de me réaliser dans la formation. J’interviens déjà un peu auprès des auxiliaires de puériculture et une nouvelle école d’éducateurs de jeunes enfants vient d’ouvrir, ils ont besoin d’un formateur à plein temps. Je postule…

Il faut un  niveau Bac + 3

Un autre formateur est alors recruté mais qu’à cela ne tienne : c’est décidé je reprends mes études, je m’inscris en licence des sciences de l’éducation par correspondance.. Mes filles sont déjà grandes et vont m’aider énormément à « assurer » le quotidien, alors que je travaille à plein temps et que je dois bosser des cours qui arrivent par la poste, des devoirs à rendre et des regroupements à Lyon à la fac.

Pendant deux années je ne vois pas le jour. Je me fabrique un bureau à la cave pour être tranquille, j’organise mon emploi du temps en fonction des devoirs à rendre, je lis, j’écris, je vais tous les jours sur la plate forme internet de la fac. Et je me régale ! Je me régale enfin à étudier, à essayer de comprendre, à aller chercher toujours plus loin, à ne rien bâcler, à collaborer avec les autres sur le net. J’ai des bonnes notes à mes devoirs….

Les regroupements à la fac sont remplis de l’émotion de connaître enfin les autres étudiants, les profs, le tuteur. Enfin dans un amphi je suis moi et je comprends ! Même avec le cours de statistique ou tout le monde a du mal, j’arrive à aider les autres ! Dans le Tgv je continue de travailler.

Les résultats de la première année (que j’apprends dans un cyber café en Grèce, sous les météores) sont très bons et encourageant. Je me lance dans le travail du mémoire en seconde année avec énergie et motivation. Je suis encore toute fière d’avoir eu 19/20 et cette licence avec mention bien.

 

A 46 ans, je venais de réparer mon parcours scolaire. Il était temps !

- Publié dans : Moi
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