Je suis libre, j'ai un appart à moi, rien qu'à moi pour la première fois. J'ai presque fini ma formation d'eje à Marseille.
Quelques mois auparavant, un éclair de lucidité me permettait, alors que me vautrais lamentablement en redoublant une deuxième année de psycho, de me présenter et de réussir le concours d'entrée à l'école d'éducateurs de jeunes enfants. Là, j'ai su dés les premiers stages que j'apprenais le métier pour lequel j'étais faite.
Juste avant les examens, M.P. mon amie rencontrée dans cette école, veut fêter son anniversaire. A ce moment là J. qui a abandonné la formation il y a peu, a un copain, dont la grande bâtisse dans la campagne aixoise se prêterait bien à une méga fête entre amis.
Il fait déjà très chaud, les copains de M.P. arrivent de Nice le vendredi soir. Je connais G. le mec de M.P. depuis le début de notre formation. Il est venu ce soir là avec E. un copain de sa promo à l'école que l'on appelait à l'époque "normale"... Des futurs instits donc. D'autres amis sont là aussi. On s'entasse dans mon petit appart. On rit fort. Avec M.P. on a toujours rit très fort, trop fort surement maintenant que j'y repense. Je n'ai pas encore l'électricité, nous déambulons dans Aix avant de s'enfermer à la Grignothéque pour une soirée Pop-Rock... (le disco c'était le mardi et le jeudi)
On a dormi à cinq en travers sur mon matelas. Quand je me réveille E. m'attrape la main. Nous restons un long moment main dans la main sans rien dire. Il fait déjà grand jour, on doit s'affairer. Tout va aller comme dans un tourbillon magique. On rit, on s'embrasse comme si on se connaissait depuis toujours. On rit, M.P. en goutant le taboulé recrache tout dans le plat. « C'est pas cuit », dit-elle. On rit toujours. Et on prend la route de la campagne. Je me souviens que M.P. et G. se disputent. Puis c'est la fête qui commence, les bouteilles qui se débouchent et E. et moi qui sautons enfin, l'un sur l'autre.
Nous allons passer la soirée entière à nous embrasser sans se soucier du reste ni du monde.
Le lendemain, il me dit qu'il doit aller voir un ami qui habite à deux pas d'ici. C'est l'occasion de le revoir. En fait Il n'y va pas et reste avec moi toute la journée, impossible de se séparer. Je plane. Il fait chaud comme j'aime, on se promène dans cette campagne magnifique. Il me demande si mes parents sont toujours ensembles. Ce qui n'est pas le cas des siens. Il est beau, merveilleusement beau. Je vais tomber follement amoureuse.
C'est le 8 mai 1982, je viens de rencontrer l'homme de ma vie, père de mes filles.
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