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Dimanche 15 juin 2008

Pascal était demi-pensionnaire. Il venait d’un village voisin à 25km de Digne. Mes souvenirs de lui remontent à la classe de première.

Un jour il rentrait en classe avec une perruque blonde et un fume cigarette provoquant hilarité générale ; une autre fois il avait caché sous l’estrade de la prof d’Allemand une petite sirène d’alarme  parasitant tout son cours sans qu’elle comprenne d’où venait ce petit sifflement continu...

Pascal adorait nous faire rire.

Il avait fait imprimer des cartes de visites « Arsène Lupin, ne reçoit que sur rendez vous » et il les distribuait aux filles. Sur la mienne il avait griffonné : « un amoureux de la SM que tu n’es pas prête d’oublier »

La SM étant cette Citroën magnifique voiture mythique des années 70

Très intelligent il ne manquait jamais de répartie en éco comme en philo.

Il me faisait rire.

Lors d’un bac blanc d’histoire il s’est aperçu que le sujet venait des anales, il a demandé à sortir s’est débrouillé pour photocopier les corrigés au CDI et a fait en sorte que ces voisins puissent profiter des réponses. Je lui dois la seule bonne note en hisotire de ma vie.

Il adorait Patrick Juvet et David Bowie.

Il avait eu des ennuis avec ses parents, il était devenu interne puis  juste avant le bac il avait pris une chambre en ville.

Il ne ressemblait à personne. On le traitait souvent d'original.

Plus tard je l’ai croisé à nouveau à Aix en fac. Il avait inventé  un système de refroidissement de l’air dans sa chambre en cité U. Il se promenait parfois sur le cours Mirabeau avec une femme plus âgée que lui,  toujours vêtue de noir.

Un jour je lui ai montré la carte de visite que j’avais gardée de lui. Il a voulu inscrire au dos « Pascal M. a enfin trouvé son silence » Il me disait qu’il ne voulait plus donner l’image qu’on avait gardé de lui.

Il me disait qu’il avait changé.
 

Hier dans un village lors  rassemblement de vielles voitures j’ai revu la SM que Pascal aimait tant.

Je me suis souvenue de son exposé en physique pendant lequel il nous avait raconté cette voiture avec passion, et son immense déception en 1977 lorsqu’ils avaient arrêté de la fabriquer.
 

Ce n’est pas la première fois que je repense à toi Pascal depuis ton suicide au début des années 80.

Mais c’est la première fois que je revois cette voiture et je sais que ces photos te feront plaisir, même plus de 30 ans après ….

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Mardi 8 avril 2008

Depuis toujours, ma mère adore chanter. Elle a toujours gardé cette jolie voix, comme un trésor, se préservant pour elle des ravages de la fumée ou de l’alcool. Pure, saine, elle s’en sert toute sa vie professionnelle au service des enfants dont elle va s’occuper, à commencer par les siens. Elle continue de faire chanter aujourd'hui ses copains de randonnée.

Logiquement nous fûmes inscrits, mon frère et moi, à la chorale, dés notre plus jeune âge.

L’aventure « à cœur joie » commençait, j’avais 7 ans.

Le chef de chœur était notre voisin, sa plus jeune fille devient très vite ma meilleure amie. Je me rappelle de nous, côte à côte les bras dans le dos pour libérer la respiration en train de  chanter avec passion dans le pupitre des sopranes.

Nous apprenions durant l’année un répertoire varié du folklore ancien à la variété la plus légère, harmonisé pour être interprété à trois voire quatre voix. Au mois de juin, le concert réunissait le tout Digne dans le théâtre. La Chanterie (les petits) passait en premier, suivi par Les Cantilènes (filles-ado) puis la Chorale (les grandes personnes). Sur cette scène le monde s’arrêtait. C’est mon père qui frappait les trois coups, puis le grand rideau rouge s’écartait doucement. Je n’essayais même pas de repérer mes grands parents dans la salle les lumières m’éblouissaient et surtout nous avions ordre de ne pas quitter Jean du regard. Il portait son diapason à l’oreille, levait les bras et nous emmenait dans un monde merveilleux et magique dans lequel nous entrainions à notre tour le public conquis.

 Les séances de Chanterie étaient rythmées par les répétitions mais aussi par les jeux dont Jean nous régalait : la diligence, jaques a dit….

Une fois par an, c’était la sortie. Dans le  bus nous chantions, en visite nous chantions encore. Je me souviens des gens surpris par ces concerts improvisés qui restaient à nous écouter et applaudissaient à tout rompre.

A 14 ans je quitte la Chanterie pour les Cantilènes. C’est le début des années magiques avec ce groupe de filles dirigées par Maryse. J’ai l’impression aujourd’hui de me souvenir de chacune d’entre elles. J’ai souvent rêvé d’un jour nous réunir à nouveau pour profiter encore de cette envolée à plusieurs voix sans aucun instrument pour nous accompagner, de ce partage des harmonies, des accords…De nos plaisanteries, de nos fous rires…

En 1977, l’année de ma terminale, nous avons la chance merveilleuse d’enregistrer un disque. Un vrai 33 tours ! C’est la consécration d’un travail de plusieurs mois. Ce vinyle craque aujourd’hui sur mon vieux tourne disque mais je ne peux jamais l’écouter sans pleurer…

 

Depuis mon départ de Digne, je n’ai jamais chanté à nouveau dans une chorale. Impossible pour moi de faire le deuil de ces années « à cœur joie »…

 

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Vendredi 21 mars 2008

À l'école j'ai toujours été très agitée.
- « Madame, je vois deux tresses qui bougent ! » disait régulièrement la maitresse à ma mère en parlant de moi.

Je dévorais la cravate qui décorait joliment mon tablier, faisait subir à la gomme des traitements avec porte plume et ciseaux… J’avais toujours les doigts pleins d’encre.

Au cours élémentaire nous étions obligées de faire du canevas - je ne me rappelle plus ou étaient les garçons pendant les heures de couture (je n’ai connu que l’école mixte) probablement dans la cour avec un ballon - je nous revois, appliquées au point de croix. J’en avais tellement assez, un jour que j’ai posé le canevas sur mes genoux pour finir mon travail plus à l’aise avant la récréation. Quand il a fallu sortir, je n’osais plus bouger. Le canevas était accroché à ma robe en laine. Je me souviens alors de l’humiliation :

« Elle a cousu sa robe ! » criait la maitresse, et toute la classe qui avait bien rigolé.

Au collège je perds mes copines de l’école primaire. Mes parents (enseignants…) souhaitent me voir fréquenter celui qui a bonne réputation et font une demande de dérogation. En 6° je suis docile et sage, mes résultats sont bons, je me fais une nouvelle amie. La rentrée en 5° est une catastrophe : je suis mise dans une autre classe que mon amie et je me retrouve à nouveau avec des élèves que je ne connais pas. Mes parents n’arrivent pas à faire changer d’avis la directrice, je dois encore m’intégrer à une nouvelle classe.

Cette classe n’a rien à voir avec celle que je viens de quitter. À partir de cette année là je ne vais plus jamais m’intéresser au contenu des cours. C’est atroce pour moi comme je le regrette aujourd’hui. Le collège, le lycée puis les études supérieures qui suivront ne seront pour moi que synonyme de rigolade avec les copains et trouver tous les moyens pour économiser le travail à faire, quitte à le faire faire par quelqu’un d’autre. Merci Anne Françoise pour les versions latines et Gérard pour les dissertations de philo, je n’en ai jamais fait une seule par moi-même. Quand aux techniques de la « pompe » ou antisèches, je suis imbattable.

J’ai gravi tous les échelons sans redoubler, juste avec la moyenne qui suffisait bien….Alors ?

 

Evidement je me vautre à la fac. Impossible de devenir psychologue pour enfants ni même institutrice, le concours m’échappe. Heureusement les portes de l’école d’éducateur de jeunes enfants s’ouvrent à moi avant le naufrage complet.

 

Vers 2002, l’envie d’évoluer dans ma carrière se fait sentir. J’ai besoin de me réaliser dans la formation. J’interviens déjà un peu auprès des auxiliaires de puériculture et une nouvelle école d’éducateurs de jeunes enfants vient d’ouvrir, ils ont besoin d’un formateur à plein temps. Je postule…

Il faut un  niveau Bac + 3

Un autre formateur est alors recruté mais qu’à cela ne tienne : c’est décidé je reprends mes études, je m’inscris en licence des sciences de l’éducation par correspondance.. Mes filles sont déjà grandes et vont m’aider énormément à « assurer » le quotidien, alors que je travaille à plein temps et que je dois bosser des cours qui arrivent par la poste, des devoirs à rendre et des regroupements à Lyon à la fac.

Pendant deux années je ne vois pas le jour. Je me fabrique un bureau à la cave pour être tranquille, j’organise mon emploi du temps en fonction des devoirs à rendre, je lis, j’écris, je vais tous les jours sur la plate forme internet de la fac. Et je me régale ! Je me régale enfin à étudier, à essayer de comprendre, à aller chercher toujours plus loin, à ne rien bâcler, à collaborer avec les autres sur le net. J’ai des bonnes notes à mes devoirs….

Les regroupements à la fac sont remplis de l’émotion de connaître enfin les autres étudiants, les profs, le tuteur. Enfin dans un amphi je suis moi et je comprends ! Même avec le cours de statistique ou tout le monde a du mal, j’arrive à aider les autres ! Dans le Tgv je continue de travailler.

Les résultats de la première année (que j’apprends dans un cyber café en Grèce, sous les météores) sont très bons et encourageant. Je me lance dans le travail du mémoire en seconde année avec énergie et motivation. Je suis encore toute fière d’avoir eu 19/20 et cette licence avec mention bien.

 

A 46 ans, je venais de réparer mon parcours scolaire. Il était temps !

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Jeudi 13 mars 2008

Aix en Provence : 28 juillet 1984, les murs et les  ruelles sont un décor dans lequel je déambule légère et ivre de joie. Je relis l’été grec.

Je vais retourner en Grèce !

Jeudi 2 août, 23h : mon sac à dos est terminé. Je ne réalise pas encore, je continue de tourner dans un film.

Vendredi 3 : Lyon Perrache puis Lyon Satolas…. Nuit à l’aéroport et vol féerique au dessus des Alpes enneigées. L’Adriatique et Corfou qui semble flotter dans les airs, le Péloponnèse. Atterrissage à Héraklion.

5 août 84 : sans rester sur la mauvaise impression que m’a laissé Héraklion, je prends un bus avec une Marie-Jo sympa rencontrée dans l’avion. Long périple dans la Crète torride que je respire à fond par la fenêtre du bus. A Hania, M.Jo retrouve trois copines. Elles me proposent de partager leur petit appart’. On fête la première soirée en Grèce en faisant le tour nocturne de Hania.

9 août : Paleochora. Sud de la Crète. J’ai quitté Hania et les filles pour retrouver le bonheur d’un peu de calme et le plaisir de dormir sur la plage.

Ici il y a plus de grecs que de touristes. Yourgos, Christus, Nikos et Rebecca sont adorables, je partage quelques jours avec eux.

 Terrasse face à la mer, « greek salad » cigales, chaleur, baignades.

Pleine lune qui se lève au dessus d’une discothèque en plein air.

Dormir contre une barque sur le sable et sous les étoiles.

Le bonheur existe.

14 août : savourer ce moment délicieux, cette minute exquise où les machines d’un bateau se mettent en marchent. Je retrouve ma place préférée, à l’avant. Ça tangue et je m’endors.

Arrivée somptueuse à Santorini qui tombe directement dans la mer.

Plages de sables volcaniques, ruelles blanches, dômes bleu ciel : j’ai retrouvé les Cyclades ! 

23 août : Ios.  

On s’est retrouvés. Ça a marché … Le rendez vous de Ios.  Avec juste un jour de retard sur ce qu’on avait imaginé. E. a débarqué d’un ferry alors que j’étais sur l’île depuis deux jours déjà. Le soir de mon arrivée j'avais retrouvée seule dans la nuit le chemin chaotique depuis le port jusqu’ à Koubara beach.  J'avais retrouvé l’ambiance à laquelle je m’étais si difficilement arrachée l’année d’avant. Toujours l’unique taverne sans électricité devant la plage. Une dizaine de jeunes qui dorment sur le sable.

La magie continue avec E.
Escale à Paros puis Naxos et nous voilà à Amorgos après une nuit sur le pont du bateau face à la grande ourse.

Sur le port d’Amorgos on a longtemps cherché une plage pour dormir sans la trouver. Tout au bout du petit chemin de pierres il y avait une bergerie, alors on a dormi dans la paille.

Je me rappellerai toute ma vie ce réveil imprévu dans la nuit avec le dernier croissant de la lune orangé et des chèvres venues près de mon duvet et à qui j’ai fait très peur. Le matin le berger nous a réveillés nous demandant gentiment de partir.

 31 août : je crois que le plus mauvais moment des vacances c’est quand il faut poser le sac à dos, copain, témoin, ami de nos délires quand il faut le poser sur l’horrible tapis roulant et s’en séparer.

publié dans : Journal de vacances (extrait de)
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Mardi 11 mars 2008

Paul ?

Paul ?

Paul?

Nous sommes ce jeudi là, rassemblés au cimetière St Pierre. Mon père, devant le cercueil de sa mère a besoin de nous parler d'elle.
C'est vrai qu'elle en a passé du temps a appeler son mari !

Paul ?

« C’est moi, Josette-ou Fifine-comme on finira par m'appeler. Tu sais, celle qui est née 4 ans après toi, celle qui s'est trouvée trop vite orpheline de  son père, comme toi, en 1910... Paul ? Tu te souviens ? J'arrive à Radés en 1923 alors que ma tante Yvonne, devenue veuve veut s'occuper de sa nièce pour meubler sa solitude et veiller à mon éducation de jeune fille de 14 ans. Tu es alors toi même élève de ma tata Yvonne. C'est à quinze ans que je considérais comme unique et définitif le lien qui peu à peu se tissait entre nous. Et quatre ans après, le deuxième jour de juillet 1928 se consacrait cette union tant désirée ! »

Mon père reprend son souffle.  La feuille tremble dans ses mains. Je sers très fort la main de ma cousine en larmes.

Il continue :

« Paul ?... te souviens tu de nos premiers émois en 1929, lors de l'arrivée de notre fils ? De notre vie rue de Colmar avec ta mère qui m'apprit de la vie pratique ce que l'école normale d'institutrices ne sut pas me donner ? Tu t'en souviens, j'en suis sortie le 30 juin et nous nous sommes mariés le 2 juillet ! Tu as compris mon cher Paul, que je ne pouvais pas tout apprendre un dimanche ! »
Et mon père de rappeler ensuite, la guerre qui sépare, la naissance de sa petite sœur, ma tatie adorée, l'enfance à Mégrine, les études à Tunis, les étés en France... Le bonheur de ses parents.

« Paul ? Tu te souviens de notre chemin ensemble, traversant les diverses difficultés de la vie mais profitant pleinement des joies qu'elle nous offrait avec la ferme volonté que j'avais d'entourer ma famille et de la protéger ? »

« Mon cher Paul, nous sommes grands parents comblés et nous avons eu le bonheur d'être arrières grands parents !
Paul ?
Paul ?
Je t'attends... »

Le temps est beau et frais. Toute la famille est suspendue au récit de mon père. Grâce aux moments qu'il évoque je retrouve ma grand-mère chérie. Elle est malade depuis si longtemps que je suis soulagée de l'accompagner avec l'évocation de ces souvenirs heureux.

 

par Frédé publié dans : Mon Père
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Dimanche 9 mars 2008

Je suis énorme. 
C.  n'a pas encore soufflé sa première bougie, j'ai du mal à la porter dans mes bras.  Le bébé est prévu pour le 29 mai.
Je reviens d'une semaine chez mes parents  pendant  qu'E. a repeint la cuisine.  Sur l'autoroute  il commence à pleuvoir. 
Le retour est agréable dans la cuisine toute propre et le repas que ma mère nous prépare. Je suis un peu fatiguée. On s'installe devant la télé : "Garde à vue" de Claude Miller.
Il me semble que Lino Ventura est en train de raccrocher le téléphone quand je m'aperçois que je pers beaucoup de sang.
Faire le 18 : "Allongez la, les pieds  surélevés, on arrive !"
Une perf est posée, on veut m'amener à l'hôpital.
- Non, je dis, mon gynéco, je veux mon gynéco ! Il a fait naitre C. et je lui fais entièrement confiance et c'est lui que je veux !
Quelques coups de fils plus tard la clinique arrive à joindre le docteur G.
Dans l'ambulance, j''entends vaguement le pimpon, pas trop nécessaire, il n'y a personne dans les rues. Dés que nous arrivons devant la clinique  un déluge de grêle  tombe du ciel.
Il faut attendre un peu avant de pouvoir sortir le brancard.
E. qui nous suivait en voiture se perd dans sa ville natale et ne trouve pas tout de suite le chemin de la clinique !
Mes parents sont restés auprès de C. qui dort, elle ne s’est aperçue de rien.
Le docteur G. prend ma main pendant qu’une sage femme cherche, avec un espèce de machin froid sur mon ventre, les battements du cœur du bébé.

« Il va falloir aller le chercher ce bébé » me dit-il, vous avez perdu le placenta.

« Une césarienne ?» je dis « il va être prématuré… » Je me rappelle avoir pensé qu’il pleut dehors et imaginer le bébé partant sous la pluie au service des préma de l’hôpital.

Mais je n’ai plus peur, on entend le cœur de mon bébé (enfin) et je suis avec mon gynéco, E. est arrivé aussi. Il assiste aux préparatifs d’une césarienne en urgence, trouver un anesthésiste à 23h un dimanche soir, préparer la salle d’opération, faire vite.

C’est au moment où l’on me colle un masque sur la figure qui m’étouffe que j’ai envie de prendre mes affaires  et de rentrer chez moi. Qu’est ce que je fous là ?

S. arrive à minuit cinq le 23 avril 1990. E. est là et voit sa deuxième fille être emmenée très vite à l’hôpital dans une petite cage en verre.

Quand je me réveille, il fait jour. E. est près de moi.

« C’est une fille » me dit-t-il, « la copie conforme de C., elle va bien »

Je me rappelle qu’un tableau de la Joconde est accroché sur le mur en face de mon lit. J’ai mal. Je me rendors.

S. a eu la bonne idée de peser déjà 2kg500, elle n’aura pas besoin de couveuse malgré son mois et demi d'avance.

Le 2 mai 1990, je peux enfin la prendre dans mes bras.

 

L’autre jour elle est rentrée avec des documents concernant l’école dans laquelle elle veut rentrer l’année prochaine pour apprendre les métiers liés à l’audiovisuel. Elle déballe les brochures : présentation de l’école, films réalisés par les élèves et un petit livret qui explique la mise en scène en prenant un film en exemple.

 

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C'est "Garde à vue " !

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Samedi 8 mars 2008

Je suis libre, j'ai un appart à moi, rien qu'à moi pour la première fois.  J'ai presque fini ma formation d'eje à Marseille.

Quelques mois auparavant, un éclair de lucidité me permettait, alors que me vautrais lamentablement en redoublant une deuxième année de psycho, de me présenter et de réussir le concours d'entrée à l'école d'éducateurs de jeunes enfants. Là, j'ai su  dés les premiers stages que j'apprenais  le métier pour lequel j'étais faite.

Juste avant les examens, M.P. mon amie rencontrée dans cette école, veut fêter son anniversaire. A ce moment là J. qui a abandonné la formation il y a peu, a un copain, dont la grande bâtisse dans la campagne aixoise se prêterait bien à une méga fête entre amis.

Il fait déjà très chaud, les copains de M.P. arrivent de Nice le vendredi soir. Je connais G. le mec de M.P. depuis le début de notre formation. Il est venu ce soir là avec E. un copain de sa promo à l'école que l'on appelait à l'époque "normale"... Des futurs instits donc. D'autres amis sont là aussi. On s'entasse dans mon petit appart. On rit fort. Avec M.P. on a toujours rit très fort, trop fort surement maintenant que j'y repense.  Je n'ai pas encore l'électricité, nous déambulons dans Aix avant de s'enfermer à la Grignothéque pour une soirée Pop-Rock... (le disco c'était le mardi et le jeudi)

On a dormi à cinq en travers sur mon matelas. Quand je me réveille E. m'attrape la main. Nous restons un long moment main dans la main sans rien dire. Il fait déjà grand jour, on doit s'affairer. Tout va aller comme dans un tourbillon magique. On rit, on s'embrasse comme si on se connaissait depuis toujours. On rit, M.P. en goutant le taboulé recrache tout dans le plat. « C'est pas cuit », dit-elle. On rit toujours. Et on prend la route de la campagne. Je me souviens que M.P. et G. se disputent. Puis c'est la fête qui commence, les bouteilles qui se débouchent et E. et moi qui  sautons  enfin, l'un sur l'autre.

Nous allons passer la soirée entière à nous embrasser sans se soucier du reste ni du monde.

Le lendemain, il me dit qu'il doit aller voir un ami qui habite à deux pas d'ici. C'est l'occasion de le revoir. En fait Il n'y va  pas et reste avec moi toute la journée, impossible de se séparer. Je plane. Il fait chaud comme j'aime, on se promène dans cette campagne magnifique. Il me demande si mes parents sont toujours ensembles. Ce qui n'est pas le cas des siens. Il est beau, merveilleusement beau. Je vais tomber follement  amoureuse.

C'est le 8 mai 1982, je viens de rencontrer l'homme de ma vie, père de mes filles.

 

par Frédé publié dans : Moi
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Jeudi 6 mars 2008

Soirée disco au village, avec toute l'équipe de la colo.

La colo c'est l'endroit où à cette époque, je me réalise. Je suis animatrice, les enfants m'adorent,  cette communauté de vie me plait,  je me fais des amis, je suis reconnue pour mon travail. Bref c'est tout l'inverse de la fac. Dans les amphis, je sais que je ne suis pas à la hauteur, que beaucoup de choses vont rapidement m'échapper. Je ne serai assidue que la première année.  Peu à peu les petits boulots pour gagner du fric, les fréquentations du milieu junkie, le manque total de compréhension de toute cette théorie oh !  Combien éloignée de la réalité auront raison de ma scolarité. Je traine trois ans sans décrocher le moindre diplôme.

Mais en colo, je suis dans mon élément et je n'envisage pas un été sans colo ni aucune vacances scolaires d'ailleurs.

En juillet 78 c'est ma deuxième colo. J'ai eu mon BAFA en avril. L'ambiance est géniale on s'entend tous bien. Le soir  après avoir couché les enfants les monos qui ne sont pas de garde peuvent sortir. La boite du village s'appelle, je m'en souviens "la botte de paille"...J'adore danser, je me régale. Soudain, au milieu de la fumée et du vacarme je m'aperçois qu'IL me regarde. Un mec me regarde en train de danser... Et ça a l'air de lui plaire ! On dit parfois, des papillons dans l'estomac pour qualifier cet état de bonheur intense qui nous envahit alors. Je sais qu'il va se passer quelque chose et j'en ai peur en même temps, je n’ai pas tellement  confiance en moi... Cette nuit là on dort tous dans le grenier de la colo.

D'autres colos ensemble,  quelques mois de vie commune à Marseille puis nos routes s'éloignent...Mais nos liens ne se sont jamais rompus complètement 

Ce mec là, c'est devenu mon Brother, l'ami, le confident. Celui à qui je pense souvent, très souvent et qui me fait toujours rire.

par Frédé publié dans : Moi
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Mercredi 5 mars 2008

Le 19 mai je fais ma communion privée. Je garde de l'éducation religieuse que mes parents m'ont donné l'idée que c'était « juste ce qu'il faut » pour respecter les règles. Pas de foi exacerbée ni bondieuserie déplacée : La messe de temps en temps, baptême et communion et catéchisme bien sur.  Le 21 mai je pars en urgence à l'hôpital : appendicite aiguë. Je reste 8 jours alitée, ma mère ne me quitte pas dormant même une fois avec moi dans mon lit. Quand je rentre à la maison j'ai droit à quelques semaines de repos. Je ne vais pas rater un seul jour de classe, l'école est fermée...

 Début juillet la caravane est prête, devant la maison, pour un nouvel été au bord de la mer. Mon frère se plaint du ventre. Le docteur est appelé. Le verdict tombe : c'est l'appendicite !

Mais c'est pas contagieux l'appendicite ?  Si ? demande ma mère  

Et le médecin de lui répondre :

 Vous vouliez partir en vacances ? Et ben vous êtes revenus !

par Frédé publié dans : Mon frère et moi
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Mardi 4 mars 2008

Mes parents habitent le quartier St Lazare à l'entrée de Digne. C'est un petit immeuble de quatre logements, nous occupons celui de gauche au premier étage

Lorsque je souffle ma première bougie, ma mère attend déjà J.L. pour le mois d'avril mais ne le sait peut être pas encore. Ce qu'elle sait sûrement et bien avant les émissions de Dolto c'est que le bébé est une personne; Nous avons profité, mon frère et moi, de ses paroles rassurantes et enveloppantes, de sa disponibilité, de la richesse de ses contes de fées ou elle convoquait Cendrillon avec les nains de Blanche Neige et Boucle d'or, ainsi que de toutes ses chansons qui ont bercé notre enfance.

Pourtant j'ai du mal à imaginer ma mère autrement que mélancolique au début des années 60. Comment peut-elle être vraiment heureuse ? Mon père l'adore, ses  deux bébés occupent surement bien ses journées, mais...  Sa famille à elle doit lui manquer terriblement

 ... En août 1955, 4 ans seulement avant ma naissance ma grand-mère disparait brutalement dans un accident de voiture, là haut, en Normandie, pendant les vacances. Mes parents sont déjà fiancés depuis le mois d'avril et cet accident va précipiter la date de leur mariage en décembre de la même année. 

 Ma mère est obligée alors de commencer sa vie de femme avec ce chagrin énorme puis sa vie de mère sans pouvoir rien partager avec la sienne.  Son père est seul, jamais remis d'être veuf, dans un petit appartement à Toulon ; ses oncles et  ses tantes qu'elle aime et admire tant sont loin : Toinou et Do restés à Bizerte, Marie et Adrien à côté de Paris avec les cousines chéries...Tonton Pierrot à Paris aussi ...

J'ai pourtant de mes années d'enfance un souvenir au goût de miel

par Frédé publié dans : Ma mère
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